L’histoire du Centre Psychothérapique de Nancy

Vue aérienne du site du Centre Psychothérapique de Nancy à Laxou

Une histoire pluriséculaire au cœur de la psychiatrie française

Les origines du site : la peste et l’isolement hors de la cité (XVIe siècle)

L’histoire de notre hôpital remonte loin dans le temps. Dès 1541, l’existence d’un enclos, appelé « enclos de l’Asnée », est mentionnée près du bourg de Villers, à l’emplacement actuel du grand séminaire.
Ce lieu accueillait des malades atteints de la peste, regroupés dans des cabanes en bois rudimentaires. Très contagieuse et sans espoir de traitement à l’époque, la peste provoqua de graves ravages en Occident. Pour limiter les contaminations, les malades étaient isolés hors des villes, où beaucoup mouraient de la maladie ou de faim.

La création de l’hôpital de Maréville pour les pestiférés (XVIe–XVIIe siècles)

En 1597, une donation décisive est faite par Anne Fériet, riche veuve d’origine portoise et épouse de Claude Mangin, président de la Chambre des Comptes de Lorraine. Elle permet l’édification, au lieu-dit « Marainville » ou « Maréville », à environ cinq kilomètres à l’ouest de Nancy, d’un hôpital de pestiférés.

L’établissement est clôturé et composé de « bordes » ou « loges », cabanes en bois destinées aux malades. Lors des grandes épidémies de peste à partir de 1630, les personnes atteintes recevaient les derniers sacrements et rédigeaient leur testament avant d’être expulsées de la ville vers Maréville.

De la renfermerie à l’hôpital général (XVIIIe siècle)

Le déclin puis la transformation sous le duc Léopold

Avec la disparition progressive des épidémies, Maréville périclita et menaça ruine. En 1714, le duc Léopold de Lorraine décida de transformer le site en Hôpital Général, organisé sous forme de renfermerie, sur le modèle français.

Des individus y étaient détenus par lettres de cachet pour folie, fureur, épilepsie, mauvaise conduite ou comportements jugés déviants, sans objectif thérapeutique. Les personnes atteintes de troubles mentaux y étaient alors peu nombreuses.

Travail forcé, Frères des Écoles Chrétiennes et constructions majeures

Rapidement, une manufacture de bas puis de draps fut installée à Maréville, où travaillaient les détenus. En 1749, l’établissement fut confié aux Frères des Écoles Chrétiennes. Face à l’augmentation du nombre d’aliénés, un quartier spécifique leur fut construit.

Les grandes constructions de cette période, à partir de 1777, incluent notamment la chapelle Saint-Roch, encore visible aujourd’hui.

Révolution française et premiers soins psychiatriques (XIXe siècle)

Ruptures révolutionnaires et reconstruction

Avec la Révolution française et la fin de la royauté, les détenus enfermés par lettres de cachet furent libérés, à l’exception de 27 hommes aliénés. Les femmes aliénées étaient alors enfermées dans des établissements distincts à Nancy.

Après le départ des Frères des Écoles Chrétiennes, chassés par la Révolution, l’hôpital de Maréville fut presque entièrement détruit par un incendie. En 1804, le docteur Bonfils fut nommé premier médecin-chef de Maréville.

Maréville, établissement national pour aliénés

En 1818, Maréville reconstruit devient l’un des huit établissements français accueillant spécifiquement des aliénés, environ 250 patients, provenant de plusieurs départements. Les conditions d’hospitalisation y restent toutefois très difficiles.

L’organisation de l’hôpital est alors confiée aux Sœurs de Saint-Charles, ordre hospitalier fondé à Nancy.

Du grand asile à l’hôpital psychiatrique moderne (XIXe–XXe siècles)

Croissance, surpopulation et premières évolutions thérapeutiques

Après la loi de 1838, le département devient propriétaire de l’hôpital. La population d’aliénés augmente rapidement, faisant de Maréville, vers 1870, le plus grand hôpital psychiatrique de France.

Les hospitalisations libres n’existent pas encore en psychiatrie. Elles ne deviennent possibles à Maréville qu’en 1934, avec l’ouverture du pavillon de malariathérapie, premier traitement biologique en psychiatrie, avant de se généraliser dans les années 1960.

De l’asile au Centre Psychothérapique de Nancy

L’asile départemental d’aliénés de Maréville devient hôpital psychiatrique de Maréville en 1937, puis Centre Psychothérapique de Nancy en 1949.
La surpopulation est alors considérable, atteignant 2 600 malades en 1938.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la population hospitalisée chute brutalement, marquée par le drame des nombreux patients morts de faim en raison des rationnements imposés. Après-guerre, les effectifs augmentent à nouveau, atteignant environ 2 500 malades vers 1970.

Désinstitutionnalisation et humanisation de la psychiatrie

À partir des années 1970, un vaste mouvement de désinstitutionnalisation s’engage, avec la création progressive de nombreuses structures ambulatoires.
Cette évolution marque la concrétisation d’une volonté ancienne : humaniser la psychiatrie, mettre fin au modèle asilaire et à l’exclusion sociale des personnes souffrant de troubles psychiques.

Un héritage vivant

Ainsi s’inscrit la longue et sinueuse histoire de notre hôpital, l’un des plus anciens hôpitaux psychiatriques de France.
Si certaines traces ont disparu, les anciens pavillons encore debout continuent aujourd’hui de témoigner de cette histoire exceptionnelle, profondément liée à l’évolution des soins psychiatriques en France.

Quelques ressources utiles
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